Aménagement du territoire
La protection du paysage est un but central de la loi fédérale sur l'aménagement du territoire (LAT) de 1979 (art.1 al. 2 let. a). Le premier principe régissant l'aménagement consiste à préserver le paysage. A cette fin, il convient de réserver suffisamment de terres cultivables, de veiller à ce que les constructions s'intègrent dans le paysage, de tenir libres les bords des lacs et des cours d'eau. L'élément principal qui concourt à cela est la séparation entre zones de construction et de non-construction, l'acquis majeur de la LAT de 1979. « Le développement du territoire en Suisse n'est pas durable », conclut le Rapport 2005 sur le développement territorial de la Confédération. La consommation de surface d'environ un mètre carré de terre cultivable par seconde perdure à un niveau élevé. Le morcellement du paysage progresse pratiquement sans relâche. Cette situation est favorisée par la LAT, du fait que les zones à bâtir peuvent être déterminées pour les quinze à venir, mais d'autre part aussi par les cantons, qui n'exigent guère de déclassements, même quand les communes ont inclus du terrain dans une zone à bâtir au-delà de cet horizon temporel. L'offre de zones à bâtir est excédentaire dans l'ensemble de la Suisse. Ceci favorise le morcellement du paysage, car les réserves les plus importantes de terrain à bâtir ne se trouvent pas dans les agglomérations, où elles seraient le plus nécessaires, mais dans les régions rurales. La forte activité de construction à l'extérieur de la zone à bâtir a aussi un impact considérable sur le paysage ouvert : un septième environ des projets de construction sont réalisés en dehors de la zone à bâtir. La tendance à ouvrir la zone agricole à d'autres activités éloignées de l'agriculture accroît la pression sur les espaces de paysage ouvert.
L'éclat au sujet du projet d'implantation d'une grande entreprise américaine dans la zone agricole du Grand Marais, à Galmiz dans le canton de Fribourg, a relancé le débat sur le développement territorial : à travers leur « Projet de territoire suisse », conçu comme réponse au Rapport 2005 sur le développement territorial, la Confédération, les cantons et les communes veulent trouver ensemble une stratégie suprasectorielle de développement territorial. Dans l'initiative populaire fédérale « De l'espace pour l'homme et la nature », dite initiative pour le paysage, les organisations de protection de l'environnement exigent entre autres que les extensions de la zone à bâtir soient compensées par des déclassements. La tentative de créer une nouvelle loi sur le développement territorial comme contre-projet à l'initiative pour le paysage a échoué en 2009 dans la procédure de consultation. La loi en vigueur sur l'aménagement du territoire va être maintenant révisée par étapes. Le message au Parlement, approuvé à ce sujet par le Conseil fédéral le 20 janvier 2010, sert de contre-projet indirect à l'initiative pour le paysage.
Le Programme national de recherche 54 a étudié depuis 2005 des aspects du développement durable des agglomérations et infrastructures dans trente et un projets de recherche – lesquels portent notamment sur le morcellement du paysage et sur des scénarios de développement urbain. Ce programme s'achève en 2010 par une synthèse. Le projet de recherche « S5-Stadt » du forum sur l'habitat (Wohnforum) de l'ETH de Zurich examine dans onze projets partiels l'évolution urbaine dans l'agglomération de l'Oberland zurichois.
Point de vue du Forum Paysage / questions importantes
Le Forum Paysage s'investit pour que la protection du paysage comme objectif prioritaire de la LAT suscite une plus grande attention et qu'en la matière le paysage soit traité dans son ensemble. Dans l'aménagement du territoire, il convient d'aborder, à part les paysages particulièrement beaux, aussi la qualité des paysages urbains et de détente. Ceci implique d'accorder de façon générale une plus grande attention aux aspects qualitatifs. Pour ralentir le morcellement et combattre tant la perte de terres cultivables que celle de paysages ouverts, des réglementations innovantes sont nécessaires au niveau national pour coordonner l'offre de terrains à bâtir aux échelons régional et national et soutenir le développement urbain vers l'intérieur. L'extension continue des zones à bâtir, que permet implicitement la LAT, n'est pas supportable plus longtemps dans le contexte du développement durable.
Un accompagnement créatif actif de la transformation des structures est nécessaire dans les régions agricoles. (A l'avenir, les bâtiments d'exploitation agricole qui ne sont plus utilisés doivent être démolis plutôt que transformés à tout prix pour de nouveaux usages). En ce qui concerne les bâtiments d'exploitation agricole qui ne sont plus utilisés, il convient de passer à une culture de la démolition. Des stratégies qui mettent en évidence où et dans quelle mesure l'extension de la forêt est ralentie sont nécessaires dans des régions de montagne pour conserver des paysages humanisés attractifs de valeur et des hotspots de biodiversité.
Pour arrêter la perte ou la banalisation de paysages attractifs, il faut intensifier la coordination nationale ou régionale dans différents domaines (énergie, infrastructures touristiques etc.). A cette fin, il convient de renforcer les plans sectoriels comme instrument ainsi que le statut des régions IFP. Dans le contexte régional, il faut tendre à ce que les paysages fassent l'objet de programmes régionaux servant entre autres de base à l'attribution de subventions et au versement de paiements directs.
