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Energies renouvelables et paysage

La nécessité, pour des raisons climatiques, de réduire les rejets de gaz provoquant un réchauffement de l'atmosphère, implique, à part l'amélioration de l'efficacité énergétique, la substitution d'énergies fossiles par des énergies renouvelables. Ceci conduit inévitablement à des conflits d'objectifs avec d'autres prétentions d'utilisation des ressources naturelles. Le paysage et la biodiversité notamment figurent au premier plan à cet égard. L'introduction de la rétribution à prix coûtant du courant injecté (RPC) aggrave encore cette problématique en ce sens qu'elle entraîne une distorsion structurelle et qu'elle permet ainsi, même dans un marché libre, la réalisation d'installations économiquement non rentables. Il apparaît d'autant plus important de donner à la RPC une forme facilitant la solution des conflits d'objectifs. Si l'énergie renouvelable ne veut pas perdre son innocence écologique, il convient de prendre au sérieux les différents intérêts, en partie opposés, et de résoudre les conflits d'objectifs de façon transparente et en soupesant équitablement tous les intérêts en jeu. A cet égard, le développement de méthodes d'évaluation et de processus de décision permettant un examen et jugement à une échelle suprarégionale judicieuse est de première importance, vu la diversité, due au fédéralisme, des compétences cantonales le plus souvent nombreuses. Un rôle clé revient ici aux instruments de la politique d'organisation du territoire.

Questions importantes

Le Forum Paysage considère les énergies renouvelables comme l'un des ses thèmes prioritaires. Les questions concernant l'utilisation de l'énergie, les moyens de l'économiser ou les possibilités de substitution ont une importance fondamentale, de même que la question de savoir de quelle manière et où il faut produire quelles formes d'énergie et quels agents énergétiques.

Le Forum aspire à avoir des entretiens réguliers avec tous les acteurs significatifs, en particulier avec l'OFEN, l'ARE, Suisse Eole, les organisations de protection de l'environnement et les cantons responsables des planifications et procédures. Au niveau juridique, il préconise de renforcer, dans les limites des compétences de la Confédération, les instruments d'aménagement du territoire et la coordination sur le plan fédéral au sein d'un instrument de planification adéquat. Il faut envisager éventuellement de renforcer la coordination suprarégionale des installations de production d'énergie. Le Forum est en outre d'avis que la réglementation de la rétribution à prix coûtant du courant injecté (RPC) doit contribuer de façon adéquate à résoudre les conflits.

Potentiel de conflit entre la protection du paysage et la production d'énergies renouvelables

  • du point de vue de l'esthétique du paysage : à cet égard aussi des aspects économiques entrent en jeu (le paysage comme facteur d'implantation et comme capital touristique).
  • du point de vue de la diversité souhaitée du paysage : la diversité en Suisse des paysages naturels et humanisés ne doit pas être compromise ou uniformisée par des installations de production d'énergie disséminées dans un large périmètre. Mais il n'y a rien à objecter à des implantations concentrées dans des sites adéquats présentant peu de potentiel de conflit ou à la transformation de certains paysages en « paysages énergétiques » comme nouvelle forme de paysage humanisé.
  • du point de vue de la protection des espèces et de la diversité des biotopes (biodiversité) : nombre de ces conflits dépendent du site et sont encore peu étudiés aujourd'hui.
  • La RPC est en contradiction avec le postulat de l'internalisation des coûts externes, ce qui a de graves conséquences précisément dans le domaine des énergies renouvelables et de leur utilisation des ressources naturelles, lesquelles constituent dans une large mesure des biens publics dont l'utilisation ne doit pas être réglée par le marché.
  • Il n'est possible de répondre que sur le fond à la question de savoir si, du point de vue de la protection de la nature et du paysage, une source d'énergie renouvelable peut être utilisée de façon compatible avec le paysage ; chaque cas nécessite une évaluation concrète s'appuyant sur un examen dans un large périmètre (à l'échelon du plan directeur, en veillant à une coordination systématique entre tous les cantons de la grande région concernée) et se référant au site concret (EIE dans le cadre de la procédure correspondante des plans d'affectation). L'approche, adoptée par quelques cantons, d'une planification sectorielle cantonale est opportune si l'échelle choisie tient compte de la problématique ou si la coordination supracantonale précitée est garantie. Pour des raisons objectives, il serait souhaitable d'avoir pour l'ensemble du territoire suisse un plan sectoriel « Energies renouvelables » qui présupposerait de redéfinir au niveau constitutionnel les compétences relatives à l'aménagement du territoire et à l'octroi des concessions pour la production d'énergie.

Force hydraulique

La force hydraulique constitue le plus important potentiel d'énergie renouvelable de la Suisse ; mais son développement a, dans une large mesure, atteint ses limites et est également de plus en plus confronté à des conflits d'objectifs – entre autres avec la protection du paysage. Les changements climatiques, et leurs conséquences encore imprévisibles pour les précipitations et leur stockage sous forme de glace et de neige, auront des impacts difficiles à estimer aujourd'hui. Les lacs d'accumulation (alpins) jouent un rôle croissant pour le stockage d'énergie en ruban ou produite en quantité irrégulière. Mais la RPC a entraîné aussi un boom des petites centrales hydrauliques. Les conflits d'objectifs sont souvent les mêmes que pour les grands équipements, mais la taille modeste des installations limite la marge de manœuvre spatiale et financière nécessaire pour prendre des mesures en conséquence. Des questions se posent aussi au sujet de la proportionnalité entre atteintes et rendement.

Energie éolienne

L'énergie éolienne est l'agent énergétique le plus significatif pour le conflit d'objectifs avec la nature et le paysage, ceci d'autant plus qu'elle connaît un véritable boom du fait de son évolution technique. Un potentiel de développement existe en Suisse, mais précisément, il est limité vu l'efficacité des ressources, la forte densité d'habitation et les importants conflits avec des utilisations concurrentes du sol et des valeurs paysagères. De l'espace est à disposition et un potentiel technique existe donc avant tout à l'étranger, où les meilleurs sites se trouvent dans la mer et où de vastes étendues plates et peu peuplées donnent moins lieu à des conflits avec le paysage. Des parcs éoliens – aussi de grande envergure – ne sont pas exclus dans des lieux adéquats où ils peuvent former des ensembles compatibles avec le paysage ou dans des sites déjà dégradés. Ils peuvent être l'expression d'une utilisation moderne d'un paysage en changement permanent. A moyen et long terme, les impacts sur le paysage sont réversibles lors du démantèlement des installations. Du point de vue du paysage, il importe non seulement de ménager des biotopes et espèces sensibles aux éoliennes (notamment les chauves-souris et l'avifaune, en évitant aussi la menace par des effets mortels directs dus à des collisions et à la pression de l'air, ainsi que par action de barrière et par la perturbation de territoires d'accouplement et de chasse), mais aussi d'épargner des paysages de valeur et des zones paysagères sensibles, afin de ne pas mettre en danger les qualités marquantes de certains sites au détriment des habitants, de la détente et du tourisme. Concrètement, cela signifie qu'en Suisse, aucune éolienne ne devrait être installée dans des paysages protégés ou méritant de l'être, tels que les marais, les régions IFP ou les parcs naturels.

Energie solaire

Ce qui a été dit pour l'énergie éolienne vaut dans une large mesure aussi pour l'énergie solaire, notamment pour les installations « en plein champ ». Pour les panneaux solaires fixés à un bâtiment ou à une installation, les conflits se présentent plutôt en relation avec la protection des sites et des monuments et peuvent être résolus en excluant certains sites ou par une adaptation habile à l'architecture. Il faut être attentif au fait que les agglomérations font partie du paysage ou constituent elles-mêmes déjà des paysages. Qu'ils soient protégés, méritent ou non de l'être, les sites construits peuvent donc jouer un rôle important pour la qualité de la perception d'un paysage. Il en va de même pour les nombreuses constructions et installations isolées – édifices agricoles traditionnels par exemple, ou habitat dispersé – qui constituent des éléments caractéristiques du paysage ou qui, en tant que corps étrangers préexistants, ne doivent souvent pas être mis en évidence. Dans le cas de l'énergie solaire, la réflexion met ainsi l'accent sur le paysage bâti, parce que ce dernier définit en même temps l'espace qu'un site peut mettre à disposition pour cet agent énergétique.

Bois et autre biomasse

Le potentiel de la Suisse pour la production de bois et autre biomasse est élevé. Cependant, il faut accorder une grande importance à la compatibilité écologique et sociale. La valorisation de déchets et résidus vient en première ligne, de même que, dans l'utilisation du bois, la prise en compte des niveaux de qualité, du bois de valeur aux déchets et vieux bois, en passant par les restes de bois. Du point de vue de l'agriculture, des conflits peuvent survenir notamment dans l'utilisation du sol et à propos du mode de production du bois (sylviculture). En même temps, des chances se présentent du fait que tant la diversité biologique que celle du paysage dépendent de forêts claires, de mosaïques comprenant des zones d'agriculture extensive et de rives boisées, c'est-à-dire de lieux qui ne se prêtent pas à la production intensive de denrées alimentaires ou comme forêt de rendement.